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Compétences de recherche de Montpellier et du Languedoc-Roussillon

dans le domaine des agricultures familiales

Mots-clés : Afrique, Maroc, irrigation localisée, ressource en eau

Le goutte-à-goutte des agricultures familiales au Maroc

2. Systèmes techniques de production agricole et élevage

2. Systèmes techniques de production agricole et élevage

Conduite de l'irrigation sur une installation goutte-à-goutte à vannettes dans le Saiss, Maroc -  © M. Benouniche Dans un contexte de pénurie croissante d’eau, le Maroc a une renommée internationale en matière d’irrigation localisée, avec des agriculteurs et des sociétés privées à la pointe de la technologie et soutenus par une politique ambitieuse de reconversion des systèmes d’irrigation gravitaire vers l’irrigation localisée (goutte-à-goutte notamment) afin de diminuer la pression sur les ressources en eau. À l’horizon 2020, 550 000 ha seront reconvertis selon le Plan national d’économie d’eau en irrigation moyennant des subventions couvrant une large partie de l’investissement. Cependant, sur le terrain, un autre phénomène a lieu, de grande ampleur bien que moins médiatisé : la diffusion de systèmes d’irrigation goutte-à-goutte alternatifs à faible coût, bien adaptés aux conditions d’exploitation des agricultures familiales marocaines grâce à un grand nombre d’intermédiaires souvent informels. Les agriculteurs familiaux accèdent ainsi à une technologie permettant une irrigation directement au pied des plantes, en l’adaptant au préalable à leur situation physique, économique et sociale.

Avec ses partenaires (IAV (Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Maroc) Hassan II, ENA (École Nationale d'Agriculture de Meknès, Maroc) de Meknès, université de Wageningen)), l'UMR G-EAU a étudié les processus d'innovation des systèmes d'irrigation localisée et leurs impacts sur la ressource en eau. La pluralité de systèmes de goutte-à-goutte répond à une pluralité de logiques des agriculteurs qui les ont installés et les utilisent. Leur introduction relève surtout de motivations agro-économiques (améliorer la production agricole, diminuer les besoins de main d’œuvre, etc.) et socioprofessionnelles (évolution du statut social, obtenir des connaissances pour intégrer les nouveaux métiers de service autour du goutte-à-goutte). Seul l’État fait explicitement le lien avec la dimension d’économie d’eau.

Les observations faites montrent que l’introduction du goutte-à-goutte sur une exploitation n’entraîne pas toujours une économie d’eau, ni à l’échelle de la parcelle (pratiques d’irrigation peu économes) ni de l’exploitation (intensification de la production), et peut même accroître la pression sur les ressources en eau, en particulier celles souterraines. Pour mettre l’économie d’eau au centre du dialogue entre État et irrigants, mais aussi entre irrigants eux-mêmes, il est nécessaire de mieux saisir la pluralité des logiques des utilisateurs du goutte-à-goutte. Car ce sont ces logiques qui déterminent les pratiques d’irrigation et donc la performance d’irrigation du goutte-à-goutte.

Maya Benouniche, maya.benouniche@gmail.com
& Marcel Kuper, marcel.kuper@cirad.fr


Date de publication : 01/01/2014





 


 
 

Mise à jour le 11/02/15


 




Extrait du site http://www.agropolis.fr/agriculture-familiale/exemple.php?id=108